Des vignes sont mentionnées à Habsheim depuis 757. La viticulture, alliée à un commerce intense fut un des principaux facteurs du développement du village du Moyen Age au XIXe s. Son importance était au moins équivalente à celle des cultures céréalières. Quelques repères: - d'après le censier de St-Alban (1284): aux livraisons en vin à St-Alban, dont le total s'élevait à 6 940 mesures; Habsheim participait pour plus de la moitié, avec 3 792 mesures;

-          en 1394, les Habsbourg prélevaient 4 foudres de vin à Habsheim et 1 foudre à Oberdorf;

-          la dîme due au Chapitre de St-Ursanne s'éleva, en 1652 à 70 foudres de vin, en 1772 à 30 chariots de vin,

dont 5 de rouge, le tout d'excellente qualité. La réputation des vins de Habsheim égalait celle du vignoble sous-vosgien. L'abandon du terroir dans les années 1632-1640 eut des conséquences déplorables: ainsi, en 1639, le vin ne fut pas taxé «à cause de la malheureuse guerre» et la dîme à St-Ursanne n'excédait pas deux urnes et demie soit environ 95 litres.

Au XVIIIe s. la viticulture retrouva l'importance qu'elle avait acquise au XVIe s. et au début du XVIIe s.

En 1760, le vignoble couvrait environ 151,4 ha (soit 23,4% du ban, à l'exclusion de la Hardt). Le XIXe s. vit le déclin de la viticulture: en 1878 le vignoble ne s'étendait plus que sur 89,4 ha, en 1893 83 ha, en 1898 78 ha, en 1953 3 ha, en 1970-715 ha.

 

Parmi les anciennes coutumes conservées jusqu'à nous, signalons: la crémation de la poupée de carnaval, avec Schnitzelbank; la course aux œufs du lundi de Pâques; la plantation des arbres de mai.

 

Habsheim Patrimoine

T

1) Vestiges du peuplement et des activités humaines, mis au jour par les fouilles archéologiques (1967 à 1977) et exposés au Musée Historique de Mulhouse.

 

2) Monuments architecturaux:

 

-          Eglise St-Martin (XIIIe-XVIIIe s.):

Statues: saint Martin, saint Joseph, saint Antoine (1920), saint François de Padoue (1920), une Vierge à l'Enfant, une Vierge terrassant le péché original (1875), une pietà;

Tableaux: saint Martin (chœur, XVIIIe s.); Assomption (autel BMV) avec médaillon de saint Dominique (confrérie St-Rosaire); Résurrection (autel saint Joseph) avec médaillon de saint Joseph;

Autels latéraux baroques installés en 1820;

Maître-autel, chaire (fin XVIIIe s.), détruits en 1971 de même que les fresques du plafond; Confessionnaux XVIIIe s.;

 

-          Ancien cimetière:

Il s'agit du cimetière mentionné par Kraus (p. 128): du groupe de crucifixion signalé (début XVIe s.) il ne reste que le crucifix. Sa restauration en 1974 a détruit la fresque et des statues de conception gothique, il ne reste aucune trace; L'agrandissement de la sacristie en 1969 a remis au jour la pierre tombale de Mathieu Bernappel (1696), procureur fiscal de Landser et sergent royal.

 

-          Chapelle N.-D. des Champs: (XIVe s.)

Statues de la Vierge à l'Enfant (vers 1520), pietà (1520), Vierge assise à l'Enfant (XIIIe s. d'après Barth), saint Urban (milieu XVIe s.);

Sculpture de la tête décapitée de saint Jean-Baptiste, sur assiette baroque, provenant de la chapelle St-Jean d'Oberdorf;

Bénitier et tronc anciens;

Nombreux ex-voto s, dont un vitrail de 1927, remémorant un épisode de la grande guerre en 1914;

Une Vierge à l'Enfant, fin du XVe s., provenant de Habsheim, est conservée au Musée Historique de Mulhouse, Place Tell.

 

-          Fontaines (XVIe s.)

La fontaine à accumulation (Stockbrunnen) alimentée par une source captée au lieu-dit Brunnstube, était placée jusqu'en 1962 au centre du village. Autrefois à bassin octogonal (plan d'alignement de 1782, cadastre de 1823), elle coulait jusqu'à son dernier déplacement dans un énorme bassin monolithique de forme rectangulaire. Depuis 1964, elle s'élève à proximité de l'école maternelle, dans la rue du Champ des Dîmes. Son fût de grès porte la date de 1565 et les anciennes armoiries du village.

 

-          Hôtel de ville (XVIe s.)

D'architecture Renaissance, appelé aussi Maison Commune, il date de 1578. Les armoiries anciennes figurent sur la façade Est. Quelques fenêtres Renaissance sont encore visibles. Le nid de cigognes, dont il ne reste plus que l'armature, était encore habité en 1957: sa dernière reconstruction date de 1962, mais il n'a plus été fréquenté depuis. Le dernier arrêt d'une cigogne sur son toit fut le 25 mai 1976.

 

-          Maisons anciennes remarquables:

D'après un relevé de toutes les maisons anciennes du centre du village (janvier 1978, J.J. Wolf, pour le groupe de travail du POS): 63, rue du Général de Gaulle: restaurant «Au Lion d'Or», ancien relais de la Poste aux chevaux. Ecuries construites par le notaire Knopff en 1864; 70, 72, 74, rue du Général de Gaulle: grande propriété, 3 bâtiments XVIIIe s. (dates: 1657, 1671, 1755). Maison du Prévôt 1782. Traces cadastrales d'anciennes fortifications; 76, rue du Général de Gaulle: restaurant <<A la Ville de Mulhouse» (A l'Ange en 1782); 84, rue du Général de Gaulle: ancien restaurant «Au Boeuf» (1782); 86, rue du Général de Gaulle: ancien restaurant <<A la Couronne»; l03, rue du Général de Gaulle: restaurant «Au Canon» (1612: Pax huic do­mui M.DCXII); 5, rue du Maréchal de Lattre de Tassigny: parmi les dépendances de cette ancienne tuilerie, un four à chaux encore intact, mais  menacé de démolition.

Autres dates relevées sur les maisons: 1570, 1585, 1605, 1610, 1733, 1809, 1813.

 

-          Vestiges des fortifications:

Rue du Colonel Fabien (dépendances du 84, rue du Général de Gaulle): bouches à couleuvrines et bossage sur pierres d'angles XIVe-XVe s.; une ouverture identique, 1, rue du Colonel Fabien.

 

-          Calvaires:

Sur les 9 existant à Habsheim, 2 sont assez anciens et datés: Carrefour rue de Petit-Landau, très belle croix, sculptures baroques, 1779; fortement endommagée lors de travaux en 1979; Carrefour du cimetière: belle croix, avec sculptures de la Passion et le millésime 1807. Une croix de même conception existe à Ruelisheim (1661).

 

Une présence juive est attestée à Habsheim dès la fin du XVe s. La communauté s'agrandit dans la seconde moitié du XVIIIe s. et juste vers 1870. La population juive représentait environ le dixième du nombre total des habitants et atteignait un maximum de 211 personnes en 1850. A cette époque, la communauté disposait d'une synagogue dirigée par un ministre officiant. Le siège du rabbinat était à Rixheim. Le nombre des israélites a fortement diminué à l'époque du Reischsland. En 1905, ils étaient trois fois moins nombreux qu'au milieu du siècle précédent. Des dissensions, cycliquement violentes, éclataient entre les deux collectivités, catholique et israélite. Le pillage et la destruction des maisons juives au cours de l'émeute des 27-30 juillet 1789 est peut-être à l'origine du départ de nombreuses familles vers d'autres régions: par exemple, une famille Picard de Habsheim s'est installée entre 1790 et 1792 à Dijon.

Si ces querelles relèvent en grande partie du rôle économique des Juifs (pratique de l'usure, monopoles de certaines professions telles qu'agents d'affaires, maquignons), qui entraînait, surtout lors des crises de subsis­tance, de vifs ressentiments de la part du paysannat catholique, elles étaient aussi dues à certaines discriminations fiscales ou autres (contributions aux impositions, exemptions du guet et de la garde, etc.). A noter aussi que la plus grande partie de la population israélite bénéficiait d'un enseignement hébraïque suivi.